À quoi bon croire aux mots quand ils semblent vidés de leur sens, recyclés à l’infini par les discours politiques, commerciaux ou médiatiques ? Jean-Marc Esnault part de cette question brutale et claire. Refusant le cynisme, il explore ce qu’il reste du langage lorsqu’il n’éclaire plus, lorsqu’il ne relie plus. Et si retrouver un seul mot juste pouvait bouleverser notre manière d’être au monde ?
Dans un temps obsédé par la « transition » – écologique, numérique, sociétale –, ce livre braque ses projecteurs sur l’ambiguïté d’un terme devenu mantra universel. La question est posée sans détour : la transition est-elle un véritable projet de rupture ou une ruse linguistique pour différer l’action sous couvert de vertu ? Pour y répondre, l’auteur bouscule les évidences et brise trois silences. Il montre comment l’urgence environnementale, lorsqu’elle se fige en doctrine moralisatrice, peut créer une nouvelle communion où croire suffit parfois à dispenser d’agir. Il démonte l’illusion qui consiste à faire du libéralisme le responsable unique, et montre comment il met au contraire en lumière nos contradictions : vouloir plus d’égalité tout en refusant les renoncements personnels que cela implique. Enfin, il rappelle que tout changement réel a un prix : la transition suppose des deuils – identitaires, économiques, psychologiques – que les entreprises comme les individus refusent encore d’assumer pleinement.
Le mot qui voulait tout changer n’est ni un conte ni une fable. C’est un essai tendu et sensible qui remplace les incantations par une lucidité salutaire. Il nomme les impasses avec un style incisif et des images fortes, mais refuse de renoncer aux issues. Un livre essentiel pour tous ceux qui pressentent que « transition » est le mot de notre époque – pour le meilleur comme pour le pire – et qui cherchent, au-delà des termes usés, les chemins d’une transformation authentique.
Cet essai s’inscrit dans l’esprit de la collection Questions contemporaines : éclairer les enjeux complexes en refusant les évidences, pour ouvrir le débat.
ABDU GNABA Docteur en anthropologie, spécialiste des imaginaires sociaux contemporains