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Tribune

La ruée vers l’or vert !

Ils étaient là tous agglutinés devant des écrans géants, les yeux rivés sur les horaires d’arrivée et de départ des trains. Surtout les horaires de départ, ce sont ces horaires-là qui intéressent aujourd’hui. « Ils », ce sont les étrangers de passage, les provinciaux qui retournaient chez eux. « Ils », plus étonnant encore, ce sont ces parisiens qui quittaient la ville lumière, ses pavés et ses boulevards haussmanniens, sa vie riche culturellement et tumultueuse socialement, cette vie parisienne rendue impossible par temps de confinement. Il suffisait de glisser un micro dans les travées des voyageurs gare Montparnasse à l’annonce des dernières mesures de confinement, ce que n’ont pas manqué de faire les médias semaine dernière, pour se l’entendre dire.

Décidément, mois après mois, confinement après confinement, la crise sanitaire est en train de jouer au chamboule-tout et la SNCF en est un lieu d’observation privilégié. Voilà en effet que cette fameuse étoile Legrand qui relie toutes les lignes en un seul et même point, Paris, brille en sens inverse. Les trames qui circulent en direction de nos campagnes sont bondées. Les Français redécouvrent la France rurale, cette France qu’on a qualifiée parfois de profonde avec un brin de condescendance, voire de mépris. Simple perturbation du trafic ferroviaire ou lame de fonds plus profonde d’un exode urbain à venir ? Je lancerais volontiers le pari que les astres, en référence à ce schéma ferroviaire français si particulier, sont en train de nous prédire l’avenir mieux qu’ils ne l’ont jamais fait.

Au cours de cette année de crise sanitaire qui vient de s’écouler et dont nous venons de fêter le triste anniversaire, la ruralité aura été plébiscitée. Soudainement, aussi soudainement qu’est apparue l’épidémie, on lui aura trouvé un charme suranné à tel point qu’elle est aujourd’hui devenue tout à la fois, refuge et valeur refuge. Cette double analogie parce qu’aujourd’hui si la ruralité est un endroit où les urbains, parisiens en tête, vont se mettre à l’abri de la crise en se soustrayant au sentiment d’enfermement qu’ils peuvent éprouver dans des logements jugés par trop exiguës et manquant d’espaces verts, il se pourrait bien que la ruralité soit aussi demain un endroit où on ira placer son argent pour le mettre à l’abri des conséquences économiques et financières de cette même crise. Les urbains sont en train de se rendre compte en 2021 que la « Campagne, ça les gagne ». Ils y ont pris goût et nombre d’entre eux songent maintenant à s’y installer. 

La semaine passée, un sondage IFOP/ALADOM nous apprenait ainsi que 67% des français avaient envie de changer des éléments de leur vie quotidienne. Pour 34% de ces sondés, il s’agirait de changements substantiels et chez 36% des 25-34 ans cet envie de changement se traduit même concrètement par une envie de déménager. Le tourisme vert et le marché de l’immobilier des résidences principales et secondaires en ville moyenne, petite ville et à la campagne, ont sans doute de beaux jours devant eux ! La crise économique qui devrait immanquablement succéder à la crise sanitaire ne fera qu’accélérer encore ce phénomène quand les investisseurs se tourneront vers ce qu’on appelle les valeurs refuges. La règle, maintes fois éprouvée, est aujourd’hui bien connue de ceux qui s’intéressent un tant soit peu aux marchés financiers. Lorsque l’économie est en crise, les investisseurs ont besoin d’être rassurés et ils s’orientent alors vers des produits financiers sûrs, peu affectés par la crise, voire même qui peuvent se bonifier quand les bulles spéculatives, elles, se dégonflent. C’est le cas de l’or ou encore des investissements dans la pierre. La vraie nouveauté, ici, c’est que ce n’est peut-être pas le marché de l’immobilier en ville qui pourrait cette fois en tirer les plus grands bénéfices !

Dans une période où les enjeux liés au réchauffement climatique deviennent premiers, où le bien-vivre prend un sens nouveau, où le local fait davantage recette que le multinational, il se pourrait plus largement, au-delà même du marché de l’immobilier, que le monde économique se tourne vers d’autres horizons et qu’on assiste à une « ruée vers l’or vert » L’homme d’affaire Xavier Niel vient d’investir dans une école qui formera 2000 urbains prêts à reconquérir les territoires ruraux. Kimbal Musk, le frère d’Elon Musk prédit que les millennials vont quitter leurs emplois de bureau pour rejoindre des fermes. Pour la seconde fois au cours du siècle, le nombre de fermiers âgées de 25 à 34 ans progresse aux Etats-Unis. Elon Musk, lui-même, offre une récompense de 100 millions dollars pour une technologie efficace de capture du carbone. Bill Gates, enfin, vient de réaliser une sorte d’OPA silencieuse en devenant discrètement le plus gros propriétaire terrien des Etats-Unis. Simple coïncidence ou bouleversements sociétaux plus profonds ? Je suis de ceux qui pensent qu’« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Ne manquons pas celui-ci, il est grand temps, j’en suis convaincu, de penser la ruralité de demain !

                                                                                   JM Esnault – DG de The Land 

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